Pourquoi répétons-nous parfois les mêmes erreurs ?
Nous faisons tous l’expérience de situations qui semblent se répéter dans notre vie :
les mêmes conflits relationnels, les mêmes impasses professionnelles, les mêmes décisions que l’on regrette ensuite.
Et souvent cette question revient :
« Pourquoi est-ce que je refais exactement la même chose, alors que je sais que cela ne fonctionne pas ? »
Intuitivement, nous pensons que l’expérience devrait nous apprendre à faire différemment. Pourtant, dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas.
Car vivre une expérience ne suffit pas forcément à en tirer un apprentissage.
Ce qui permet réellement d’apprendre, c’est la manière dont cette expérience est intégrée.
Vivre une situation ne signifie pas forcément en apprendre quelque chose
Contrairement à une idée répandue, l’expérience ne devient pas automatiquement une source d’apprentissage.
Pour qu’une situation nous aide réellement à évoluer, plusieurs conditions sont nécessaires :
être présent à ce qui se passe
pouvoir ressentir ce qui se joue (émotions, sensations corporelles, réactions internes)
prendre un moment pour comprendre ce qui s’est produit
relier cette expérience à un contexte plus large : nos habitudes, notre histoire, nos relations
Lorsque ces étapes ne sont pas présentes, l’expérience reste brute.
Au lieu de transformer nos comportements, elle peut même renforcer des réactions automatiques déjà en place.
Dans de nombreux accompagnements, on observe que ce qui se répète n’est pas lié à un manque d’intelligence ou de volonté.
Il s’agit le plus souvent d’un mécanisme automatique qui s’active avant même que la conscience ait le temps d’intervenir.
Quand le cerveau fonctionne en mode automatique
Lorsque nous sommes stressés, fatigués ou sous pression émotionnelle, notre cerveau privilégie les circuits les plus rapides.
Autrement dit, il utilise ce qu’il connaît déjà.
Ces réponses automatiques peuvent être utiles dans certaines situations.
Mais elles peuvent aussi nous conduire à reproduire des comportements qui ne nous correspondent plus.
Dans ces moments-là, ce n’est pas un manque de lucidité.
C’est simplement le pilotage automatique qui prend le dessus.
Sortir de cette répétition nécessite autre chose : une forme de présence attentive à ce qui se passe en nous et autour de nous.
Pourquoi certains schémas se répètent
Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ces répétitions.
Les stratégies d’adaptation construites dans le passé
Certains comportements ont été utiles à un moment de notre vie.
Ils ont permis de nous protéger, de nous adapter ou de maintenir un équilibre dans un contexte donné.
Le problème, c’est que ces stratégies peuvent continuer à se déclencher même lorsque le contexte a changé.
La confusion entre sécurité et familiarité
Le cerveau humain préfère souvent ce qui est familier, même si ce n’est pas réellement confortable.
Une situation connue peut sembler inconsciemment plus rassurante qu’un changement incertain, même si ce changement serait plus adapté.
L’absence de recul sur l’expérience
Lorsque nous enchaînons les événements sans prendre le temps d’y réfléchir, le système ne corrige pas sa trajectoire.
Il continue simplement ce qu’il sait déjà faire.
Le corps garde la mémoire des expériences
L’apprentissage ne passe pas uniquement par l’analyse mentale.
Le corps joue un rôle essentiel.
Il enregistre :
les situations de stress non résolues
les adaptations que nous avons dû mettre en place
les tensions accumulées dans certaines expériences
mais aussi les moments d’équilibre et d’alignement
Lorsque certaines expériences restent “en suspens”, le système peut avoir tendance à reproduire des situations similaires, comme s’il cherchait à compléter ou résoudre ce qui n’a pas pu l’être auparavant.
Le rôle de la kinésiologie dans ces répétitions
En kinésiologie, le travail consiste souvent à ramener de la conscience là où il y avait de l’automatisme.
L’accompagnement permet notamment de :
apaiser le système nerveux pour sortir du mode réactionnel
remettre en circulation les émotions et les ressentis qui avaient été bloqués
identifier les mécanismes qui se rejouent dans certaines situations
intégrer les expériences passées pour qu’elles ne dirigent plus inconsciemment les choix présents
Lorsque le corps retrouve plus de sécurité et de clarté intérieure, il devient beaucoup plus facile d’agir différemment.
Le changement ne vient alors pas d’un effort forcé, mais d’un réajustement plus profond du système.
Transformer l’expérience en apprentissage
Ce qui permet réellement de transformer une expérience en ressource n’est pas l’intensité de ce que l’on a vécu.
C’est plutôt :
la qualité de présence à ce qui se passe en nous
la possibilité d’exprimer et de déposer l’expérience
le recul qui permet de comprendre les mécanismes en jeu
le temps que l’on s’accorde pour intégrer ce qui a été vécu
C’est souvent dans cet espace de recul et d’accompagnement que les répétitions commencent à se transformer.
En conclusion
Au fond, les répétitions dans nos vies ne sont pas toujours des erreurs.
Elles sont parfois simplement des signaux.
Des invitations à regarder autrement certaines expériences, à ralentir, à écouter ce qui cherche à être compris ou apaisé.
Lorsque nous prenons le temps d’accueillir ce qui se joue réellement — dans nos émotions, dans notre corps, dans nos relations — ces situations cessent progressivement de se reproduire de la même manière.
Non pas parce que nous faisons plus d’efforts, mais parce qu’un nouvel équilibre intérieur devient possible.
Car ce que nous intégrons profondément ne se répète plus de la même manière.
Références et inspirations
Peter Senge (1990) – La cinquième discipline
Antonio Damasio (1994) – L’erreur de Descartes
John Dewey (1938) – Experience and Education
Daniel Kahneman (2011) – Thinking, Fast and Slow